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Reprendre un commerce ou une affaire artisanale : avec quel personnel ?

Par Sophie MENSIOR - Le 17 / 09 / 2007
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Reprendre un commerce  ou une affaire artisanale : avec quel personnel ? En tant qu’acquéreur du fonds, vous êtes tenu par la loi de reprendre tous les salariés avec les contrats de travail et les divers engagements qu’a pu prendre le cédant envers eux. Une expertise approfondie de leurs compétences et motivation s’impose. Il peut aussi ne pas y avoir de salarié ou ceux-ci peuvent choisir de ne pas rester. Il convient alors de se poser la question de la collaboration, indispensable à la bonne marche de votre commerce.

Je ne m’approvisionne plus dans cette boucherie même si la viande y est très bonne, regrette Nicole, secrétaire de direction. Mon boucher est tout seul avec son épouse à servir alors qu’il pourrait, me semble-t-il, embaucher du personnel pour diminuer l’attente.” Même si le chaland de l’an 2000 est las du caractère déshumanisant de la grande distribution et de ses rayonnages sans fin où trouver un employé relève du miracle, il n’est pas pour autant disposé à consacrer beaucoup de temps pour faire ses courses.

Proximité, disponibilité et qualité sont les trois atouts sur lesquels le commerçant doit s'appuyer pour conserver les faveurs du consommateur. Un triptyque qui suppose de ne pas crouler sous les tâches, même si votre emploi du temps de marchand est, par essence, surchargé. Pour se rendre disponible, il est préférable de ne pas être tout seul. Mais, en France, embaucher ne fait pas partie des choses les plus aisées. Les difficultés liées au recrutement et la peur des formalités administratives constituent des blocages. Dans notre pays, deux entreprises sur trois n’emploient pas de salariés : “Les hésitations sont essentiellement financières, estime Emilie Vasseur de la CCIP. Pourtant, les commerçants en ressentent de plus en plus le besoin.”

Avant de parler de recrutement, il convient de rappeler qu’en cas de reprise de commerce, tous les salariés sont attachés au fonds. “Il y a continuité dans les contrats en cours, complète Joël Lopez, expert-comptable. A partir du moment où l’activité se poursuit, il y a transfert des obligations contractuelles et salariales.” Est-ce pour autant pénalisant ? Pour Jean-Paul Debeuret, spécialiste de la reprise d’entreprises, le risque existe de perdre une partie de sa clientèle en changeant le personnel : “Ce sont les collaborateurs qui retiennent les clients, indique-t-il. C’est variable selon l’activité. L’important est de bien mesurer le poids du personnel dans la relation commerciale. S’il est vital, il faut tout faire pour le conserver. Dans les services, comme la coiffure, les salariés sont prépondérants.”

Reprendre un commerce  ou une affaire artisanale : avec quel personnel ?

Nier le rôle joué par les employés dans le succès de l’entreprise peut s’avérer être une cruelle erreur. “Si vous reprenez un commerce qui fonctionnait bien, il faut dire dès le début que ce sont les salariés qui ont contribué au succès de l’entreprise", conseille Emilie Vasseur. Une recommandation à laquelle souscrit Serge Almerasse, ancien président de la Chambre des métiers du Gard et actuel représentant de l’artisanat au Conseil économique et social : “Lorsque j’ai acheté ma boulangerie, j’ai gardé le salarié en place car il avait acquis une qualité professionnelle que je n’avais pas, reconnaît-il. Dans l’artisanat, les reprises qui se passent bien sont celles où une ou deux personnes de la fabrication reste.”

Dans le contexte hyper compétitif du commerce de détail, un excellent employé fait bien souvent la différence et constitue un véritable avantage concurrentiel. “C’est la vitrine de l’entreprise, rappelle Emilie Vasseur. On ne peut pas construire et développer son affaire si l’on ne peut pas déléguer, et donc avoir confiance en son personnel.” S’adjoindre de bons collaborateurs doit être avant tout regardé comme un investissement. “Le piège est de chercher à minimiser ses coûts sur ce poste et de se retrouver avec un effectif insuffisant”, met en garde Joël Lopez.

Mais face à la pénurie d’“employés modèles”, la prudence est de mise. Un recrutement est un investissement à long terme qui engage votre entreprise. Il est vivement conseillé de le préparer avec soin. “Il ne faut surtout pas se presser, prévient Emilie Vasseur. Il vaut mieux être en sous-effectif pendant les premières semaines, voire quelques mois, plutôt que d'employer une personne qui ne convient pas. Une mauvaise embauche peut avoir un impact important sur les résultats de l’entreprise et vous faire perdre du temps et de l’argent.”

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