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Alain Gerbel, président de la Fédération nationale des opticiens

Par Jean Couderc - Le 10 / 03 / 2008

Président de la Fédération nationale des opticiens et trésorier du CIO, Alain Gerbel alerte les pouvoirs publics sur les risques de déremboursement en appelant de ses vœux qu'une véritable politique de santé visuelle soit mise en place en France.

Alain Gerbel, président de la Fédération nationale des opticiens

« Il faudrait un numerus clausus pendant 3 ou 4 ans pour faciliter la transmission des fonds. »

Pourquoi les opticiens appellent-ils à une mobilisation ?
C'est tous les professionnels de la vue, y compris les ophtalomogues, qui s'inquiètent contre les risques de déremboursement total de l'assurence-maladie des soins optiques. Notre inquiétude n'est pas récente : cela fait des années que l'Asnav (Association nationale pour l'amélioration de la vue) interroge les pouvoirs publics et milite pour la mise en place d'une politique de santé visuelle cohérente dans notre pays.

Vous ne vous estimez pas suffisamment pris au sérieux ?
Nous étions sur une bonne dynamique avec la création du Conseil interprofessionnel de l'optique (CIO) qui nous a permis de négocier des décrets qui nous donnent la possibilité d'adapter les prescriptions. Ainsi la profession était mise en valeur. Nicolas Sarkozy avait par ailleurs dit pendant la campagne présidentielle qu'il améliorerait le remboursement des lunettes.

Les promesses du candidat divergent-elles avec les engagements du président ?
Effectivement. Il a émis l'hypothèse, dans le texte qui fixe les objectifs de la loi d'orientation, que le remboursement des frais d'optique pourrait être transféré aux organismes complémentaires, mutuelles, instituts de prévoyance ou assureurs. Seuls les CMU, enfants et handicapés continueraient à être pris en charge par l'assurance-maladie. Nous nous mobilisons pour signifier notre désapprobation.

Quelles sont vos revendications ?
Nous voudrions, tout d'abord, être considérés comme de véritables interlocuteurs alors que les opticiens ne sont même pas conviés aux États généraux de la santé. Nous appelons aussi à une harmonisation des formations entre ophtalmologue, orthoptiste et opticien et à une meilleure collaboration entre ces trois professions.

Vos inquiétudes sont-elles aussi d'ordre économique ?
À partir du moment où la santé visuelle est reconnue avec des professionnels structurés, nous attendons, en effet, de l'État une meilleure prise en compte, en matière de remboursement. Les Français renâclent à acheter des lunettes. Il faut savoir que nous sommes l'un des pays développés où le délai de renouvellement est le plus long. Il faut que la Sécurité sociale joue son rôle en sécurisant la filière.

Pourquoi craignez-vous autant le transfert aux organismes complémentaires ?
Le risque, c'est de démédicaliser et de saborder tout le travail que nous avons effectué. Nous considérons qu'il y a un problème éthique de confier sa santé, en particulier lorsque l'on connaît l'importance de la vue pour la conduite, à un organisme privé coté en Bourse. Le déremboursement nous placera sous le joug d'un système lucratif, concurrentiel, avec des prestations et prix limités par les organismes complémentaires.

Êtes-vous inquiets pour les opticiens ?
Le marché de l'optique a chuté de 30 % en Allemagne lorsqu'ils ont déremboursé alors que l'on a constaté une augmentation considérable des opérations de la myopie en Espagne. C'est donc préoccupant même si le véritable risque pour nous réside dans la multiplication des points de vente avec près de 500 créations chaque année. 

Que préconisez-vous faire à cette évolution ?
Il faudrait instituer un numerus clausus pendant 3-4 ans pour voir comment évolue la pyramide des âges et faciliter des transmissions de fonds. Rien qu'à Dax où je suis installé nous sommes passés de 8 à 21 opticiens en 8 ans. Si l'on n'agit pas, les affaires risquent de ne plus avoir de valeur patrimoniale et la qualité des fournitures risque de s'en ressentir.

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