Cession Commerce

Charles Melcer, président de la FNH

Par Jean Couderc - Le 29 / 04 / 2008
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Président de la Fédération nationale de l'habillement, Charles Melcer appelle tous les députés-maires de France à ne pas approuver le gouvernement dans son intention de libéraliser les ouvertures périphériques

Il faut que l'Etat se substitue aux banques pour favoriser la transmission d'entreprises

« Il faut que l'Etat se substitue aux banques pour favoriser la transmission d'entreprises »

Que vous inspire le projet de loi de modernisation de l'économie ?
Sous prétexte de redonner du pouvoir d'achat au consommateur, on fait sauter tous les gardes-fous existants. En donnant la possibilité d'ouvrir à tout crin pour ajouter de la concurrence et faire baisser les prix, on va droit dans le mur. Je ne suis pourtant pas contre le modernité !

N'êtes vous pas trop pessimiste ?
Avec cette réforme de l'urbanisme commercial, je prévois la disparition des commerces de proximité dans les cinq ans à venir. C'est à un vrai choix de société que nous sommes confrontés. Un récent sondage montre pourtant que 88% des gens veulent un commerce de proximité et de centre-ville. Si l'on ne réagit pas aujourd'hui, nos coeurs urbains vont être sinistrés et ce seront les consommateurs les plus pénalisés.

C'est pourtant une bonne idée de vouloir faire baisser les prix ?
C'est une fausse bonne idée. On ne peut pas tirer le pays vers le bas en se mettant à tous vendre à bon marché. Je ne défends pas ici ma corporation mais la diversité du commerce. Il faut bien comprendre que le volume global de la consommation ne va pas augmenter. C'est simplement le curseur qui va se déplacer au profit des plus gros.

Vous êtes également opposé à la réforme des soldes, acquise, et de l'ouverture dominicale, en discussion ?
Cette réforme est ridicule. Nous ne sommes, et je parle également au nom de la fédération de la chaussure et de la maroquinerie, demandeurs de rien. Nous tenons à rester sur de l'évènementiel. Quand on fait des soldes sincères, c'est pour retrouver sa mise de départ, voire vendre à perte lorsque l'on a mal ciblé ses achats. Nous n'avons donc aucun intérêt à faire des soldes en dehors des deux grandes périodes. Quant à l'ouverture dominicale, c'est le même raisonnement: la dépense d'argent étant strictement identique, cette mesure ne fera que déplacer le curseur au profit de ceux qui ouvriront le dimanche.

Que préconisez-vous pour améliorer les choses ?
Ma priorité concerne la transmission d'entreprise. L'âge moyen des chefs d'entreprises que je représente oscille entre 58 et 62 ans. Sur les 55 000 entreprises adhérentes, 20 000 vont être mises sur le marché dans les 5 années à venir. En tout, c'est près de 10 à 11 millions d'emplois qui sont en jeu !

Les droits de mutation vont baisser. Cette mesure doit vous satisfaire ?
En effet mais il faut aller beaucoup plus loin. On sait que les banques vont être de plus en plus réticentes à financer les reprises avec la crise des subprimes. Je propose que l'Etat prenne ses responsabilités, fasse lui même un emprunt défiscalisé, couvert par l'Etat, afin de favoriser la transmission, indispensable à court terme.

Comment appréhendez-vous l'avenir ?
Nous avons alerté tous les députés pour qu'ils comprennent bien la gravité et l'urgence de la société. Nous espérons que le bon sens va prévaloir car le commerce est indispensable à la vie des citoyens. On s'en rend suffisamment compte dans les petits villages où l'on tente de recréer ce que l'on a détruit au cours des 20 dernières années.

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