Cession Commerce

Guillaume Husson , délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF)

Par Sophie MENSIOR - Le 13 / 03 / 2017
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Les librairies indépendantes représentent encore 40 % des ventes de livres en France. Focus sur ce secteur avec Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la Libraire Française.

Une génération de libraires arrivant à la retraite, il y a des affaires à reprendre partout en France

« Une génération de libraires arrivant à la retraite, il y a des affaires à reprendre partout en France  »

 Combien y a-t-il de librairies en France ?

On recense 3 300 librairies indépendantes. Contrairement aux idées reçues, ce nombre est globalement stable depuis une quinzaine d’années. Un millier d’entre elles sont des très petites structures, dans lesquelles il n’y a que le gérant et la gérante. Elles côtoient de très grandes affaires, qui ont plusieurs dizaines de salariés.
Le secteur est composé en grande majorité de  librairies généralistes. Ensuite, les deux plus répandues sont celles consacrées à la jeunesse et à la B.D (Bande dessinée)…On trouve aussi des librairies religieuses, culinaires, théâtrales,  dédiées aux voyages…
Ce circuit représente encore 40 % de la vente des livres en France. C’est une exception, pas un anachronisme. Il arrive en tête devant les grandes surfaces spécialisées et devant Internet, qui est le circuit, qui progresse le plus en France. Il représente 13 % des ventes, la part d’Amazon atteignant 9 à 10 %.
Le paradoxe, c’est que l’arrivée d’Internet n’a pas entraîné de vagues de fermeture, le chiffre d’affaires et la fréquentation se sont maintenus. Les gros lecteurs achètent souvent en librairie et sur Internet.
 

 Comment se porte ce secteur ?

C’est un commerce qui est toujours sur la corde avec une faible rentabilité (1 % de résultat net en moyenne). En termes de financement, c’est tendu…
Mais ce n’est pas une profession, qui est en train de mourir. Elle continue d’attirer des jeunes : beaucoup créent ou reprennent des librairies. Il y a aussi des personnes en reconversion. Dans ce cas, le passage par la formation est impératif. Ce n’est pas parce qu’on aime le livre, que l’on sera forcément un bon libraire…
L’INFL (Institut national de formation de la librairie) délivre des formations d’une dizaine de jours. Car il est important de posséder  des compétences logistiques, commerciales et informatiques. Sinon l’on s’expose à  des difficultés.

Quelles sont ses spécificités ?

Le prix est réglementé, c’est-à-dire que les livres sont vendus au même prix par tous les circuits de distribution (librairie indépendante, Fnac, Internet…). Cette « loi sur le prix unique du livre » est indispensable. Si elle n’existait pas, il n’y aurait plus de librairie en France. C’est un instrument de régulation de l’ensemble du marché.
Par ailleurs, il existe des aides spécifiques à la reprise et à la création d’entreprises. Avec deux dispositifs de prêt à taux zéro, qui permettent de débloquer des concours bancaires. Ils sont délivrés par le CNL (Centre national du livre) et par l’ADELC (Association pour le développement des librairies de création). Notre priorité est d’avoir des repreneurs plutôt que des créateurs. Un certain nombre de libraires partant à la retraite, il y a des affaires à reprendre un peu partout, qui sont de moyenne et de grande taille. Alors qu’en cas de création, ce sont des petites unités qui voient le jour.
 
Comment va-t-il évoluer ?

Les librairies indépendantes doivent  se distinguer des autres circuits par des animations avec les auteurs, en travaillant avec les écoles, les théâtres, les cinémas. Il faut également avoir un assortiment diversifié et de qualité. Il y a plus de 700 000 titres disponibles, le travail du libraire est de faire une sélection et de savoir composer son offre.
C’est un métier qui repose sur la relation humaine, l’accueil.  Si l’on réunit ces qualités, on a des librairies qui tiennent, avec des marges réduites.
 
 

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