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Hervé Lemainque , président de la Journée nationale du commerce de proximité (JNCP)

Par Sophie MENSIOR - Le 15 / 01 / 2018
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Président de la Journée nationale du commerce de proximité (JNCP), Hervé Lemainque nous livre sa vision du commerce local, et quelles peuvent être les solutions pour avoir des points de vente performants.

Hervé Lemainque , président de la Journée nationale du commerce de proximité (JNCP)

« Un commerçant, qui n'a pas une connaissance fine de sa clientèle, sera condamné »

En tant qu’organisateur de la Journée Nationale du commerce de proximité, y a-t-il pour vous des commerces qui marchent ?
Sur le terrain, la situation est très contrastée. J’aurais beaucoup de mal à dire quelles sont les activités qui marchent car c’est surtout une question de localisation, d’environnement, de politique locale. Par exemple dans les soins à la personne, il y a beaucoup d’installations mais peu de pérennité. Les boutiques de vêtements multimarques sont extrêmement touchées, c’est une activité qui est très en souffrance. Ainsi pour le Black Friday, elles n’ont pas la capacité de pratiquer les remises annoncées par les grandes enseignes.
Ce que je sais de mon expérience de plus de 15 ans à la tête d’unions commerciales, c’est que les commerces les plus attendus dans un centre-ville par les clients sont les commerces de première nécessité : boucherie, boulangerie, fromagerie, pressing, pharmacie…Dans les communes rurales, on remarque les élus qui s’efforcent de garder leur dernier commerce, l’épicerie du village.

 

Quel regard portez-vous sur le commerce indépendant ?
Dans le cadre de la JNCP, on s’est rendu compte que le commerce indépendant est très indépendant, voire trop indépendant. Individualistes, les commerçants n’ont pas toujours su mettre en valeur leur utilité sur leur territoire, travailler ensemble, trouver une dynamique collective, ce qui a laissé la part belle aux centres commerciaux.
J’ai pu constater un très grand déséquilibre : le commerce de centre-ville est peu organisé. En revanche, les promoteurs savent proposer des emplois, réponse au chômage à court terme. Quand on crée un emploi en périphérie, on en supprime trois en centre-ville.
Tout le monde est responsable de la situation actuelle.  De leur côté, les élus ont joué la politique du tout périphérique.  La vacance commerciale est souvent la conséquence d’une dévitalisation de la commune.

Quelles peuvent être les solutions ?
Il n’y a pas une solution applicable partout. Chaque territoire a ses particularités. Par exemple, le maire d’Agen a interdit l’installation de magasins de prêt-à-porter dans sa zone périphérique. Dans certaines communes, les maires décident d’une taxe sur les friches commerciales.
Il faut rétablir un juste équilibre entre les différents systèmes de distribution avec une saine concurrence. Pour exemple, en ce qui concerne le e-commerce, c’est à l’Etat de légiférer.
Il n’y pas de centre-ville sans au moins une association de commerçants forte. Le commerce est très organisé verticalement (avec les syndicats, les franchises). Il faut aussi une transversalité, un véritable ancrage dans la vie de sa commune exprimant toute la composante sociétale et environnementale du commerce de proximité.

Concrètement, que peuvent mettre en place les commerçants ?
Un commerçant, qui n’a pas une connaissance fine de sa clientèle,  sera condamné. Il faut qu’il ait au moins un site vitrine, au moins un fichier client.
Les consommateurs sont attachés à leurs commerces de proximité, Il faut communiquer vers eux, en leur disant : vous avez des commerces de centre-ville, faites-les travailler.

Depuis quand existe cette journée du commerce de proximité ?
J’ai lancé la journée en 2005 à Colombes. Trois ans après, 14 villes l’organisaient dans les Hauts-de-Seine. Elle s'est généralisée ensuite au niveau national. Aujourd’hui, plus de 400 villes l’ont mise en place, cette journée a fait ses preuves. Elle met un coup de projecteur sur les commerces de proximité locaux.
Cela prouve que le commerce dans la ville, cela existe avec des valeurs de convivialité…Pour résumer, on peut dire que le commerce de centre-ville a besoin de se rassembler, de mettre des moyens en commun avec des structures juridiques adaptées.

Que pensez-vous du plan Action Cœur de Ville lancé par le gouvernement ?
L’Etat est là pour donner les grandes orientations mais c’est aux élus au sein des communautés de communes de prendre les bonnes décisions. Par exemple, maintenir les services publics en centre-ville. C’est à ce niveau que l’avenir du commerce local va se jouer.

 

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