Cession Commerce

Jean-Pierre Lehmann, président de la Fédération nationale des centres-villes

Par Jean Couderc - Le 21 / 04 / 2008

Président de la Fédération nationale des centres-villes (FNCV), Jean-Pierre Lehmann s'inquiète des différentes mesures que s'apprête à prendre le gouvernement en terme d'urbanisme commercial.

Jean-Pierre Lehmann, président de la Fédération nationale des centres-villes

« En multipliant les périodes de soldes, on risque de leur faire perdre leur attractivité. »

Vous avez l'air de redouter la prochaine loi de modernisation de l'économie. Pourquoi ?
Sous prétexte de baisser le coût de la vie, elle prévoit d'ajouter de la concurrence en libéralisant les ouvertures. Rappelons tout de même que la France est championne du monde en m² commerciaux par habitant. Cette libéralisation totale de l'urbanisme commercial est suicidaire. Elle a été prise à la demande des promoteurs pour leur permettre d'ouvrir des centres commerciaux qui n'ont aucune utilité.

Êtes-vous inquiet pour les centres-villes?
Oui, car on favorise les achats délocalisés en agissant ainsi. Les centres-villes vont voir leurs difficultés à maintenir un commerce dynamique s'accroître. Et ce d'autant plus que des spécialistes du commerce sont dangereusement absents des organes de contrôle.

Vous faites allusion aux CDEC?
Effectivement. La réforme élimine les chambres de commerce pour faire la part belle aux élus politiques, qu'ils soient issus des mairies ou des conseils généraux. C'est quand même fou qu'il n'y ait plus de commerçants pour décider de l'avenir du commerce !

Votre courroux porte également sur la réforme des soldes. Pourquoi ?
 Il semblerait que l'on s'achemine vers un passage à 5 semaines pendant les deux grandes périodes de soldes plus 2 semaines "flottantes". Cette idée est à la fois irréaliste et préjudiciable. Irréaliste parce qu'invérifiable : comment, et surtout qui, va contrôler ces "périodes" de soldes ? Préjudiciable, car en les multipliant, on va faire perdre leur attractivité aux soldes et on risque de les dévaloriser. De plus, je ne vois pas comment les commerçants s'en sortiront à moins d'avoir majoré leurs prix en amont.

Vous ne semblez pas, non plus, favorable à l'ouverture dominicale...
Quelques expériences existent et fonctionnent à condition qu'il y ait un marché dynamique à proximité. Généraliser l'ouverture à l'ensemble des centres-villes n'est pas souhaitable, car il est impossible de communiquer et d'inciter les chalands à se rendre dans leurs cœurs urbains le dimanche si seul un commerce sur dix est ouvert. Sans compter qu'il faudrait, au préalable, interdire l'ouverture des centres commerciaux de périphérie.

Vous n'êtes pas mieux disposé à l'égard du droit de préemption entré en vigueur depuis le début de l'année...
Cette loi part d'une bonne intention. La réalisation est malheureusement mauvaise, car elle va engendrer quantité de problèmes. En l'état, il vaudrait mieux, d'ailleurs, parler de droit d'expropriation que de droit de préemption. Il faudrait, au moins, supprimer la possibilité offerte à une ville d'acheter à un prix inférieur à celui du vendeur. Il s'agit, ni plus ni moins, que de spoliation.

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