Cession Commerce

Jean-Yves Pineau, directeur du Collectif Ville Campagne

Par Sophie Mensior - Le 08 / 06 / 2015

Quitter la région parisienne pour reprendre un commerce en province, c'est une belle expérience qui doit se préparer. Jean-Yves Pineau, directeur du collectif Ville Campagne, livre quelques conseils pour réussir cette opération...

Jean-Yves Pineau, directeur du Collectif Ville Campagne

« Lorsque l'on reprend un commerce à la campagne, il faut être atypique et très innovant »

Que faut-il savoir lorsque l’on veut reprendre un commerce en régions ?
D’abord, il faut préciser que la situation n’est pas la même si l’on s’installe dans une petite métropole, dans une ville de taille moyenne ou dans un village, qui compte 300 habitants.
Dans tous les cas de figure, il faut bien comprendre le territoire, dans lequel s’inscrit le commerce, que l’on souhaite reprendre. C’est encore mieux si la personne peut se faire aider par le cédant, et par des spécialistes du développement territorial, qui connaissent bien ces enjeux.
Sur notre site www.installation-campagne.fr nous recensons des opportunités concrètes pour les porteurs de projets (offres, formations, territoire d'accueil...)

Le contexte change, quels éléments faut-il prendre en compte ?
Nous savons que le commerce subit des mutations fortes et rapides. Le commerce de demain ne sera plus le même avec le numérique, l’évolution des modes de vie, des groupes de distribution, les nouvelles contraintes en matière financière, climatique…
Dans certaines petites villes (situées à 30 /40 kilomètres des métropoles…),  la mobilité est très importante : les habitants travaillent en dehors de ces villes, et peuvent s’arrêter faire leurs courses dans des lieux situés à la périphérie des zones urbaines.  Les clients ne sont plus captifs, du coup les études de marché traditionnelles ne sont plus valables.
Dans certains endroits, les commerces deviennent des services, le modèle économique n’est plus le même.
 
Que conseillez-vous en cas de reprise à la campagne ?
Lorsque l’on reprend un commerce à la campagne, il faut être atypique en termes de produits, d’horaires, de fournisseurs et très innovant dans la manière de faire commerce. Le magasin  a intérêt à se transformer en plate-forme de distribution. Car il y un goût réel pour les produits locaux et les circuits courts.
En cas de reprise, il faut être vigilant sur la qualité de l’expertise de l’affaire à reprendre. Une affaire peut être rentable à la campagne  si le gérant a fini de rembourser son emprunt, s’il habite au-dessus de son commerce, s’il dispose d’un bon réseau…Ce qui est loin d’être acquis pour le repreneur…Une simple analyse de chiffres ne suffit pas.
Ce qui est important également, c’est le choix de vie de la personne. Surtout s’il vient avec son conjoint, ses enfants ; ceux-ci sont-ils vraiment préparés à ce changement… ? Le choix professionnel doit être consolidé par le projet de vie…Sinon, il y a risque de rupture familiale…Cette dimension est tout aussi importante que la qualité de l’analyse de l’affaire.  Il faut anticiper au maximum : prendre connaissance du territoire, du climat, de l’ambiance…
Il n’y a pas une campagne mais des campagnes, ce qui nécessite une analyse très fine.
 
Comment voyez-vous le commerce évoluer ?
Il me semble qu’aujourd’hui, du fait de la crise économique, il y a des opportunités pour se lancer dans le commerce. Car on en aura toujours besoin, même s’il doit se pratiquer de façon différente. Il faut changer les approches, le regard, associer de nouveaux partenaires… On est plutôt sur du "multi-sectoriel", ce qui est compliqué en termes de formation ;  il y a une mixité des services au public et des services marchands…
 
 

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