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Patrick Malvaës, président du syndicat national des discothèques

Par Jean Couderc - Le 19 / 05 / 2008
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Président du syndicat national des discothèques et lieux de loisirs, Patrick Malvaës s'insurge contre la volonté du gouvernement d'obliger les débitants de boissons à installer des éthylotests dans leurs établissements, jugeant l'idée onéreuse et inefficace.

Les patrons de discothèques ne peuvent pas confisquer les clés de voiture du client !

« Les patrons de discothèques ne peuvent pas confisquer les clés de voiture du client ! »

Que vous inspire la mise en place d’éthylotests "obligatoires dans tous les débits de boisson" dès cet été ?
J'ai l'impression que nous sommes revenus à la prohibition. Nous vivons actuellement une période de moralisation qui me gêne beaucoup. Nous en avons assez d'être les boucs émissaires que l'on incrimine systématiquement alors que je rappelle que seuls 15 % de la consommation d'alcool a lieu dans les débits de boissons.

La mesure semble pourtant partir d'une bonne intention, non ?
On ne légifère pas avec de bons sentiments. Ce que je reproche à cette mesure, c'est son inefficacité. Les débitants n'ont pas de titre légal pour obliger le client à utiliser l'éthylotest. Et même si nous arrivions à le convaincre, il nous est impossible de lui confisquer les clés de sa voiture. De plus, on sait que ces appareils sont souvent dévoyés de leur fonction première pour faire l'objet de concours de buveurs.

Ces machines ne sont donc d'aucun intérêt ?
Oui, sans compter qu'il n'existe pas d'agrément et qu'elles coûtent, en moyenne, 3 500 euros. Étant donné la précarité de nos établissements, c'est un nouvel investissement très lourd pour lequel nous ne bénéficierons pas d'aides, comme lors de l'insonorisation ou du renouvellement de l'air. Elles ne servent à rien s'il n'y a pas de mesures coercitives.

Les patrons de discothèques pourraient collaborer avec les forces de l'ordre ?
Il ne faut pas compter sur eux pour prévenir la police si un client prend le volant ivre, car ils auront trop peur de voir leur établissement fermé. Le fonctionnement de notre profession doit être repensé. Il n'est pas normal que nous ayons à demander des dérogations de nuit tous les 3 ou 6 mois. Comment voulez-vous que nos chefs d'entreprises investissent ?

Les fermetures d'établissements sont-elles fréquentes ?
Oui, et parfois elles ne répondent à aucune logique. Elles ont même tendance à se multiplier depuis l'entrée en vigueur de la loi interdisant le tabac. Nous sommes pénalisés par le bruit sur la voie publique. Heureusement, nous gagnons la plupart des référés.

Le gouvernement paraît déterminé. Comment appréhendez-vous l'avenir ?
Il est difficile d'interdire à la population toute échappatoire. Je crois qu'il faut prendre le problème dans sa globalité et envisager, par exemple, de nous donner la possibilité d'ouvrir plus longtemps. Ainsi, on favoriserait l'étalement des départs, à une heure où il commence à faire jour, ce qui réduirait les risques. Cela permettrait, en plus, de consommer mieux, car le pouvoir d'achat restant le même, les clients boiraient moins vite.

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