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Yves Fargues

Yves Fargues,
président de l'Union Transport et logistique de France

Comment se porte le secteur de la messagerie et du fret express en France et quelles sont ses perspectives d’évolution ? Yves Fargues, président de l’Union Transport et Logistique de France (TLF), répond à nos questions.

Par Sophie MENSIOR - le 18/10/16
@smensior

 
Présentez-nous le secteur de la messagerie et du fret express…
La messagerie consiste à livrer à délai garanti des colis dans toute la France. Elle recouvre des acteurs très différents. Il s’agit d’une activité de transport avec rupture de charge : les colis sont enlevés et emmenés à un centre de tri, puis livrés aux destinataires, soit 3 étapes (enlèvement, traction entre deux hubs, déchargement sur le hub d’arrivée et livraison aux destinataires.)
C’est un métier de frais fixes, c’est pour cela que l’on trouve de grands opérateurs  (Geodis Calberson, Heppner, TNT, La Poste...). Les frais fixes recouvrent les installations foncières, la main d’oeuvre, les camions qui circulent… La problématique est de savoir trier les colis et ne pas les perdre…Le fondement du métier, c’est le tri…Ce qui demande  des moyens informatiques très importants, et donc génère des frais fixes supplémentaires. Il s’agit s’un secteur extrêmement sensible à la conjoncture, qui peine à trouver sa rentabilité.

Le nouveau marché de la messagerie BtoC est compliqué mais prometteur

Comment se structure le paysage ?
On observe une concurrence sauvage entre tous les acteurs depuis une quinzaine d’années. Le secteur est de plus en plus concentré, avec des fusions/acquisitions  entre les grands opérateurs.
Pour échapper à la malédiction des frais fixes, les grands opérateurs ont sous-traité à des acteurs locaux pour l’enlèvement et la livraison (étapes 1 et 3). Ces acteurs possédant des camions de moyen tonnage, voire des camionnettes…Tout un secteur de sous-traitance s’est développé autour de ces grands opérateurs, qui sont environ une demi-douzaine… Quant aux sous-traitants, ils se chiffrent par centaines…Parmi ces petites entreprises, on compte beaucoup d’autoentrepreneurs. Il y a beaucoup de mouvement, à cause de ces micro-entreprises qui fleurissent.
Selon les comptes des transports,  on recense en 2013 1 832 entreprises de messagerie/fret express. Un nombre en diminution de 12 % par rapport à 2012. Le chiffre d’affaires, qui s’élève à 9 milliards d’euros, a chuté lui aussi de 6,9 %.

Quelles sont les clés de la réussite ?
Pour réussir, il faut, par exemple, décrocher un contrat avec un gros messager. Le contrat doit être mixte avec un fixe garanti, afin de couvrir une partie des frais fixes (matériel, personnel…). Il faut aussi savoir acheter son matériel  et faire attention au recrutement des livreurs, car ce sont eux qui sont en contact avec le client final…

Comment évolue ce secteur ?
Jusqu’à présent, la messagerie était dédiée au BtoB (Business to Business), elle s’oriente maintenant vers le BtoC (Business to consumer), avec l’explosion du e-commerce. C’est vraiment l’évolution majeure de ce métier, ce qui n’est pas sans poser d’autres problèmes. Cela entraîne la multiplication des points de livraison, et les consommateurs ne sont pas forcément chez eux lors de la livraison. Il faut prendre rendez-vous avec eux, ce qui génère d’autres frais…C’est un véritable cauchemar que de livrer Mme Dupont dans la journée…
En fait, il y a explosion des volumes avec les retours et explosion de la complexité. Il faut arriver à optimiser les tournées … et gérer le personnel coursier (en vélo, scooter, petites camionnettes…)
Ce nouveau marché est très compliqué et souvent sous-payé car la rentabilité est difficile à obtenir. Cependant, il est  prometteur.

Pourquoi livrer le plus vite possible ?
Les entreprises du e-commerce ont intérêt à livrer leurs clients le plus vite possible. Car tant qu’il n’a reçu son colis, l’acheteur ne déclenche pas un deuxième processus d’achat…D’où « la course aux délais »…